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Adapter son roman en scénario : droits, méthode et dossier
Tu as écrit un roman, une BD, une pièce, et tu le vois déjà à l’écran. Bonne nouvelle : tu connais ton histoire mieux que personne. Mais un scénario n’est pas un livre raccourci, et avant même d’écrire, il y a une question à régler : les droits.
D’abord, les droits d’adaptation
Adapter une œuvre, même la tienne, suppose d’en avoir les droits d’adaptation audiovisuelle. Trois cas se présentent.
- C’est ton livre, publié chez un éditeur. Relis tes contrats. En France, la cession des droits d’adaptation audiovisuelle doit faire l’objet d’un contrat écrit, sur un document distinct du contrat d’édition (article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle). Si tu as signé un tel contrat avec ton éditeur, c’est lui qui négocie l’adaptation, et tu dois être associé à l’accord. Sinon, les droits audiovisuels sont restés chez toi.
- C’est ton livre, autoédité ou pas encore publié. Les droits sont à toi. Note-le simplement dans ton dossier.
- C’est le livre de quelqu’un d’autre. Il te faut l’accord de la personne qui détient les droits : l’auteur, son éditeur ou ses ayants droit. On commence en général par une option : un contrat qui te réserve les droits pour une durée limitée, le temps d’écrire et de trouver un producteur. Pour une œuvre ancienne, vérifie si elle est entrée dans le domaine public (en principe 70 ans après la mort de l’auteur).
Ce n’est pas une formalité : la plupart des aides à l’écriture demandent, pour une adaptation, l’autorisation du détenteur des droits et une note d’adaptation. Un dossier sans elles est souvent irrecevable. Pour un contrat, fais-toi conseiller (la SGDL et la SACD accompagnent leurs membres).
Du livre au scénario : changer de langue
Un roman peut tout dire : les pensées, le passé, ce qu’un personnage ressent sans le montrer. Un scénario ne garde que ce qui se voit et ce qui s’entend. Adapter, c’est traduire, et toute traduction choisit.
- Retrouve le cœur. En une phrase : de quoi parle vraiment ton livre ? Tout ce qui ne sert pas ce cœur est candidat à la coupe, même les passages que tu préfères.
- Choisis un point de vue. Un roman à plusieurs narrateurs devient souvent, à l’écran, l’histoire d’un seul personnage qu’on suit. Décide qui la caméra accompagne.
- Transforme l’intérieur en action. Une pensée devient un geste, un choix, une réplique, un silence. Évite la voix off pour tout expliquer : utilise-la seulement si c’est un parti pris.
- Compresse. Deux personnages qui jouent le même rôle peuvent n’en faire qu’un. Trois scènes qui disent la même chose, une seule. Un long métrage tourne souvent autour de 90 à 120 pages, soit environ une minute par page.
- Construis la structure de film ou de série. L’ordre des chapitres n’est pas forcément l’ordre des séquences. Un roman-fleuve peut faire une meilleure série qu’un film.
Le plus dur, quand c’est ton propre livre, c’est de le trahir un peu. C’est pourtant ce qui fait un bon film : l’adaptation la plus fidèle à l’esprit n’est pas celle qui garde chaque scène.
Ce que le dossier d’une adaptation contient en plus
Le dossier d’une adaptation reprend les pièces habituelles (logline, synopsis, note d’intention, personnages, scénario ou traitement) et en ajoute deux :
- La note d’adaptation. Ce que tu gardes, ce que tu changes et pourquoi : point de vue, structure, personnages fusionnés ou ajoutés, ce que l’image permet que le texte ne permettait pas. C’est là qu’une commission juge si tu as pensé le film, et pas seulement recopié le livre.
- La preuve des droits. Le contrat d’option ou de cession, ou une lettre d’accord de l’éditeur ou des ayants droit. Sur la page de garde du scénario, la mention « D’après le roman… de… » indique l’œuvre d’origine.
Comme toujours, lis le règlement du guichet visé : chaque aide précise ses pièces et ses formats.
Et si tu cherches un producteur
Les producteurs lisent beaucoup de livres : environ un tiers des œuvres d’animation familiales sont tirées d’un livre, selon la SCELF, qui organise chaque année Shoot the Book!, où des éditeurs présentent leurs titres à des producteurs (notamment au Marché du film de Cannes et au MIFA d’Annecy). Si ton livre est publié, parle de l’adaptation à ton éditeur : il a peut-être déjà ces contacts.
Avec Plume, coche « Mon projet adapte une œuvre existante » dans la bible (espace Développer) : tu y notes l’œuvre, son auteur, l’état des droits et ta note d’adaptation. La page de garde affiche « D’après… » toute seule, et la note d’adaptation rejoint ton dossier, juste après la note d’intention, pour chaque guichet. Tu écris ton scénario au format français, et c’est toi qui l’écris : Plume ne rédige pas à ta place.
En résumé
Avant d’écrire, vérifie qui détient les droits audiovisuels, même pour ton propre livre. Ensuite, adapte au lieu de transposer : un cœur, un point de vue, de l’action plutôt que de l’intérieur. Enfin, joins à ton dossier une note d’adaptation et la preuve des droits.